J’adore refaire.
Back in time.
Retravail partiel d’une illustration, Février 2026
L’illustration originale de 2020 (avec le texte qui va avec)
Il y a quelque chose que j’adore faire en tant qu’artiste : redessiner, recréer, refaire mes anciennes illustrations. Ce n’est pas un exercice stratégique, ni une manière un peu déguisée de montrer ma “progression”. Ça, je m’en fiche. En fait, je fais partie de cette catégorie d’artistes un peu bizarre : j’adore presque tout ce que je fais et je trouve ça génial. Ok, pas tout. Mais en grande partie.
Quand je poste une illustration, c’est “là”. C’est fait. C’est terminé dans le sens où, compte tenu du temps imparti, les critères sont remplis. Je ne suis pas dans une logique de regret permanent. C’est pour ça que ce besoin de refaire est plus étrange, plus personnel que stratégique.
Les Clémence du passé
Quand je replonge dans un vieux dessin, je retrouve la Clémence qui l’a fait, avec ses angoisses, ses doutes, ses envies, son état du moment, et surtout ce qui l’animait et ce qu’elle cherchait à exprimer. J’étais plus jeune, moins à l’aise techniquement, parfois plus fragile aussi. Et pourtant, il y avait déjà quelque chose. Une intention. Une sincérité. Même si c’était maladroit ou imparfait, ça résonne encore en moi aujourd’hui.
Je suis en paix avec les Clémence du passé. C’est un pacte que nous avons passé à 13 ans pour aborder le futur : si on fait quelque chose, il est juste au moment où on le fait, et on ne se blâmera jamais pour ce qu’on a été ou choisi.
Dessins de 2016, à l’époque où je démarrais en tant qu’illustratrice
Refaire pour dialoguer avec le passé
Je crois que j’aime refaire les choses de manière générale. Je mange souvent les mêmes plats. Je relis les mêmes livres. Je peux recommencer une BD que je connais presque par cœur. Et je pourrais passer des heures sur des jeux de farming à planter les mêmes graines, saison après saison.
Ce n’est pas par manque d’envie de nouveauté. C’est parce que j’aime approfondir. Revenir. Creuser au même endroit jusqu’à comprendre un peu mieux pourquoi ça me touche.
La répétition comme refuge et comme terrain d’exploration
Redessiner fonctionne exactement de la même manière. Parfois je ne retravaille qu’un détail comme un reptile marin sous la glace, une texture, un regard. Parfois je refais tout. Parfois je ne garde que les couleurs et l’ambiance, comme si je récupérais une sorte de météo émotionnelle. Et parfois, je me rends compte que je ne peux rien ajouter.
Le dessin n’est pas parfait techniquement (ça ne l’est jamais), mais il fonctionne. Et ça me trouble toujours un peu d’accepter que la version plus jeune de moi avait déjà trouvé quelque chose de juste.
Diplodocus vu de haut, Photoshop, juin 2018
Diplodocus vu de haut, gouache, été 2025
Ce qui ne change pas quand on change
On parle souvent de progression comme d’une ligne droite, comme si chaque nouvelle version devait écraser la précédente. Je ne le ressens pas comme ça. Je ne suis pas “meilleure” qu’en 2020, je suis différente. Plus consciente de mes outils, plus exigeante, peut-être plus structurée. J’ai une bien meilleure technique, mais j’ai aussi moins de temps pour explorer.
La sincérité, elle, était déjà là. Parfois même plus brute.
Illustration de Février 2018
Illustration de Février 2020
Revenir.
Refaire, pour moi, ce n’est pas réparer une erreur. C’est revisiter. C’est se donner le droit de regarder encore une fois. Comme quand on relit un passage qui nous a marquée, ou qu’on replante les mêmes graines dans un jeu parce que le cycle nous apaise. Il y a quelque chose de rassurant dans la répétition, mais aussi quelque chose de fertile. Chaque retour révèle une nuance que je n’avais pas vue.
Peut-être que je referai encore ces dessins dans cinq ans. Peut-être que je les laisserai tranquilles. Mais j’aime savoir que je peux revenir. Que mes images ne sont pas des étapes figées dans une chronologie de “progrès”, mais des territoires dans lesquels je peux circuler librement.
Pangea, été 2022
La Pangée, novembre 2024

