Ma tournée des médiathèques françaises les plus stylées

(Oui. Lamballe. Bischheim. Nancy. Longwy. Ne me jalousez pas.)

 

Dessiner des dinosaures, c’est mon métier. Mais parfois, je dois sortir de chez moi.

En tant qu’illustratrice et dessinatrice de dinosaures, mon travail consiste principalement à dessiner des dinosaures pour des livres.
Parfois, ce sont même des bâtiments et des vues isométriques de télévisions cathodiques, c’est vous dire comme je ne suis pas respectée.

Mais majoritairement, je passe mes journées courbée sur ma tablette à assembler formes et couleurs, précision scientifique et contemplation, pour former des illustrations à destination des enfants. Ce qui, déjà, me semble un usage du temps parfaitement légitime.

Mais une fois que j’ai passé trois heures à argumenter qu’un diplodocus, c’est violet (le brachiosaure est vert, les titanosaures orangés… je fais de la synesthésie des dinosaures), il y a un moment où le livre doit vivre sans moi.

Et c’est là qu’une autre partie du métier s'enclenche.
Bon, après corrections ("Est-ce que le diplodocus peut être rouge ?" - non, c’est la couleur du T. rex - "OK, bah bleu ?" - mais enfin, grande folle, c’est un Parasaurolophus, pas un Diplodocus...), impression et dédicaces en librairie pour la sortie du livre… vient le temps des rencontres.

Sortir de l’atelier, une fois que le livre a vécu (de quelques mois à quelques années), aller en médiathèques, dans les écoles…
Rencontrer les lecteurs, entendre leurs questions, souvent très pointues (“Mais il court à quelle vitesse, le Struthiomimus ?” Réponse : "Vite, avec ses grandes papattes"), tout ça donne au livre une vie supplémentaire.
Il se prolonge dans la conversation, dans les yeux des enfants, dans les critiques honnêtes à base de “C’est pas mon préféré mais ça va”.

Parce que dans mon cas, mon public s’appelle Mickaël, 8 ans et demi, et son dinosaure préféré, c’est le Struthiomimus. Et il a des arguments.

Longwy, Lamballe et autres destinations de rêve

Dernièrement, j’ai eu la chance d’exposer à Longwy.
Avant ça, c’était Lamballe.
Et bientôt, ce sera Bischheim et Nancy.
C’est ma période d’interventions très sexy.

À Longwy, la médiathèque Jean-Paul Durieux m’a invitée à présenter mon travail, animer un atelier de Dinogravure (oui, des dinos en linogravure, et non, je ne m’en lasse pas), et faire une lecture de La Grande Expédition.

Même configuration à Lamballe : expo, public, dino, encre.
(Et la seule crêperie de la ville… fermée ??)

Les formats changent mais l’énergie reste la même : faire sortir le livre du livre.

Et même si je me moque gentiment de ces destinations de rêve, je suis heureuse, parce que je ne suis pas forcément à l’aise non plus dans les grandes villes.
C’est juste que c’est un peu compliqué d’accès… mais c’est pas grave : je fais des pixelatops dans le train.

Mickaël, 8 ans et demi, Struthiomimus lover

Je parle souvent de “rencontrer le public”, mais dans les faits, ça ressemble à ça :

- “Moi mon préféré c’est le struthiminus.”
- “Le StruthiomiMus.” (je suis une pro)
- “Oui d’accord. Bah c’est mon préféré.” (il est peu impressionné par mon niveau d’expertise)

Mon public, c’est Mickaël, 8 ans et demi.
Il a un dino préféré et il ne plaisante pas avec ça.

Souvent, le dino préféré c’est T. rex ou Triceratops (je suis d’accord pour un des deux).
Il y a les parents qui semblent dépassés par les événements.
Et des échanges extrêmement importants comme :

- “C’est lequel le plus gros dino ?”
- “C’est un titanosaure.”
- “C’est lequel le plus petit ?”
- “Parvicursor, si je me souviens bien.”
- “On m’a dit que les poules sont les descendantes des dinosaures… mais est-ce qu’elles ont pas trop le seum ?”
- “Alors Maxime, les poules SONT des dinosaures selon la phylogénétique…”
- “C’est lequel le plus méchant ?”
- “C’est l’ankylosaure. Parce qu’il est super moche.”

Voilà. Il faut être prêt. Les questions fusent.

Ces échanges-là sont précieux. Parce qu’ils sont réels, directs, sans filtre.
Parce qu’ils donnent une voix aux heures silencieuses passées à dessiner.
Parce qu’ils rappellent que ce qu’on fait est lu, regardé, vécu.
Et c’est pour ça qu’on fait ce métier.

Des dinos, de l’encre, du bruit

Pendant les ateliers, on coupe.
On grave.
On encre.
On imprime.

Les enfants découvrent la linogravure, parfois pour la première fois.
Il y a des ratés, des réussites, de l’encre sur les doigts (ceux qui restent après les coups de gouge dedans… je rigole).
Et souvent, des petits cris de joie quand le tirage fonctionne, et la satisfaction de porter son dinosaure sur un tee-shirt.

Avec le Dinoël, on organise régulièrement ce genre d’ateliers.
Je propose aussi des lectures.
Et à chaque fois, je reviens à mon livre de cœur.

La Grande Expédition, huit ans plus tard

Parmi la vingtaine de livres que j’ai illustrés, La Grande Expédition est le seul que j’ai aussi écrit.
Il est sorti en 2017. Et aujourd’hui encore, il est lu dans les écoles, dans les médiathèques, dans les ateliers que j’anime.

Huit ans, dans la vie d’un album jeunesse, c’est long. Très long.

Le marché du livre jeunesse est hyper compétitif. Des centaines de titres sortent chaque mois.
Beaucoup s’oublient vite.

Alors voir La Grande Expédition continuer à circuler, sans effort, sans promotion, simplement parce que des gens l’aiment et le transmettent…
C’est un petit miracle. Et une vraie fierté.

Si vous voulez des dinos, j’en ai plein

Ces rencontres-là, qu’elles prennent la forme d’expositions, de lectures ou d’ateliers, donnent du sens à ce que je fais.

Je ne crois pas qu’un livre se suffise toujours à lui-même.
Il a besoin d’être activé, partagé, entendu.

Et moi, j’ai besoin de ces moments pour me rappeler pourquoi j’ai passé autant d’heures à dessiner un diplodocus violet dans la forêt.

Alors si vous travaillez dans une école, une médiathèque, une structure culturelle, et que vous voulez organiser une rencontre, une expo, une lecture ou un atelier :
👉 j’ai plein d’idées, et j’arrive avec plaisir.

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Dinoël : 2 ans de dinos, de galères et de très bons jeux de mots 🦖✨